Pourquoi nager dans un milieu
stérile ?
Piscine vivante.
créations Sarnafil.com (USA)
Les piscines individuelles connaissent un succès
grandissant, mais le concept du petit carré bleu n’est pas l’unique
solution. Un lieu de baignade ne doit
pas forcement être un endroit stérile et coûteux à entretenir…
La construction
d’une piscine est un acte lourd de conséquences. L’énergie dépensée pour sa mise en place n’est en fait rien comparée
à son entretien : le propriétaire fait un pacte afin d’assurer la
stérilité d’un lieu pendant environ 40 ans,
une dépense quotidienne d’énergie, physique, monétaire, en produits
chimiques et en électricité.
De plus, ces
produits chimiques sont des biocides, et nous sommes des organismes
biologiques. Si des poissons ne peuvent
vivre dans nos piscines, nous aussi devrions éviter de plonger dans l’eau. Il faut savoir que le chlore était tout
d’abord utilisé comme arme chimique militaire, puis, étonnamment, nous avons
commencé à l’ajouter à notre eau potable, et dans nos bains malgré ses effets cancérigènes.
Une piscine
classique est donc un trou noir (ou bleu) qui transforme de l’énergie en
pollution, en retour nous pouvons nous y baigner pendant 2 mois de
l’année.
Piscine naturelle. créations Elodee.fr
Quand on pense
que, dans certaines banlieues aisées, presque une famille sur deux construit
une piscine, nous nous retrouvons avec des centaines de kilomètres carrés de
surface terrestres stériles (la somme de toutes les piscines). C’est une désertification du paysage qui,
contrairement a la disparition des forets tropicaux ou l’avènement de la
garrigue provençale, ou du Sahel sub-saharien, nécessite un gaspillage
d’énergie continuel.
Est ce bien
grave ? Jusqu'à la tout va bien,
pas de raison de s’affoler dira t’on.
Pourtant, pour ceux qui osent regarder les signes, on est forcé de
réagir ou de devenir pessimiste.
Par exemple, dans
les années 70, des écologistes prévoyaient que la nappe phréatique allait
bientôt être polluée par les déchets industriels. 30 ans plus tard, c’est fait.
Pourquoi boit t’on de l’eau filtrée et chlorée, alors que l’on est allé
le chercher a des dizaines de mètres sous terre ? Parce que l’eau est pleine de toxines. Que ceux d’entre vous qui ont des proches à
la campagne fassent le test : combien d’entre eux ont arrêté de boire
l’eau de leur puits ou de la source ?
Pour ceux qui ont analysé leur eau en laboratoire, la plupart ont trouvé que leur eau n’était
plus potable à cause des résidus soit de biocides ou d’engrais chimique, soit
de matière fécale provenant d’élevage de bestiaux.
Il n’y a pas de
doute : chacun de nos actes contribue à changer le monde. Construire une piscine donc, n’est pas
seulement un acte architectural, ou un acte qui aura uniquement des
conséquences sur nos loisirs. Nous
faisons partie de ce monde, le monde, c’est nous.
Ce qui faut
retenir : la vie est comme une toile d’araignée, rien n’existe seul, c’est
seulement grâce à notre interaction avec le reste que nous sommes là. Donc les parties d’un tout fonctionnent
en relation au reste.
Un système de
design moderne doit intégrer les
parties (fabriquées, naturelles, sociales etc…) pour arriver à un tout. Pour ce faire il ne se concentre pas sur
les composants eux-mêmes, mais sur la relation entre eux, et la façon dont ils
s’entraident. Par exemple, nous pouvons
mettre en place tout un ensemble de composants, et construire un système qui
tend inévitablement vers sa propre destruction sans un apport d’énergie
continue (la piscine classique), ou en disposant les mêmes composants de
manière différente, nous pouvons tout autant créer un système harmonieux qui
nourrit la vie.
Flore et faune.
Photos passionbassin.com
Partager un
espace de vie
Jusqu'à
maintenant il fallait faire un choix entre piscine stérile ou jardin aquatique,
une piscine naturelle est en fait une fusion des deux. Grâce aux nouvelles techniques et de
connaissances sur le traitement des eaux, vous pouvez bénéficier d’une eau
limpide et claire, tel un lac de montagne, au cœur de votre jardin. L’eau est saine, cristalline, mais il faut
être prêt a le partager avec d’autres êtres vivants…
Non seulement
vous goûterez aux joies de la baignade, mais vous et vos enfants pourriez
côtoyer une faune passionnante tel les libellules, têtards, grenouilles, tritons,
en train de s’épanouir dans une jungle de fleurs. Même le héron pourra vous rendre visite !
Non seulement
vous pouvez jouir de cet espace au fil des saisons, mais elle n’a pas besoin
d’adjonction de produits chimiques, et beaucoup moins d’entretien qu’une
piscine classique.
Le look naturel avec chute d’eau. création gazéle.org
L’étang de baignade est un concept qui a déjà fait ses preuves, depuis les années 1980 en Australie, et plus récemment chez les Allemands et les Hollandais. Elle a suivi l’évolution des systèmes d’épuration des eaux usées par lagunage, qui peu a peu remplacent les méthodes industrielles dans certains villages. Elle n’a pas besoin de technicien pour s’occuper d’elle, pour faire la guerre contre tous ce qui arrive : les feuilles mortes, les bactéries, les algues, le gel etc.… tous ces êtres et événements sont ses amis, elle est intégrée à son environnement.
Nénuphars dans le lagunage. Photos passionbassin.com
Comment ça marche ?
Les composants de base d’une piscine vivante sont : le filtre bactérien, le lagunage et l’étang de baignade.
Le filtre bactérien, beaucoup plus qu’un filtre mécanique, est une barrière biologique autonettoyante ! Il peut être divisé en 3 parties, le filtre, la barrière biologique et les plantes.
– le filtre mécanique, composé de pouzzolane, une roche volcanique, sert à capter les particules en suspension dans l’eau, et aussi d’habitat pour les microorganismes qui constituent la barrière biologique.
– Nous appelons barrière biologique les micro-organismes qui vivent dans la pouzzolane. Ils transforment toute matière organique qui arrive dans le filtre, un peu comme une flore intestinale.
– Finalement les plantes aquatiques profitent de ce processus et transforment les déchets engendrés en biomasse.
Le lagunage prend la forme d’une grande mare semée de plantes aquatiques. C’est un grand bac de décantation pour les particules en suspension. Les trois acteurs principaux ici sont l’argile qui, entre autres, absorbe des toxines comme l’ammoniaque, les plantes dont certaines oxygènent l’eau et fournissent un habitat pour la faune aquatique. La faune a son tour remplit plusieurs fonctions (par exemple : les escargots mangent les feuilles fanées). L’importance du lagunage planté pour l’écosystème est tel qu’il doit constituer au moins 1/3 de la surface totale de l’eau.
Débordement.
création passionbassin.com
L’étang de baignade est évidemment un espace étendu et profond pour s’y mouvoir sans embarras. La masse fournie par sa taille est aussi un atout pour le système de par ses qualités thermiques. D’un côté cela crée des courants : le fait que l’eau y est plus froide qu’ailleurs procure une zone micro climatique de plus pour la diversité biologique, toujours importante pour la vitalité d’un écosystème. Par une volonté d’offrir une qualité d’eau impeccable pour la natation, le bassin de baignade est souvent surélevé par rapport au lagunage, ceci afin d’assurer un effet de débordement pour retirer tout ce qui s’y trouve en surface. De plus, pour éviter un dépôt de vase au fond du bassin qui pourrait troubler l’eau dans des moments d’utilisation pleine d’entrain, on peut y poser des tuyaux aspirants sous une couche de graviers. Ceci dans les cas où une pompe électrique assure la circulation de l’eau.
J’ajouterais qu’une circulation quasi continue, et une bonne oxygénation de l’eau sont essentiels, ceci surtout pour le bien être du filtre bactérien, mais aussi pour ses autres habitants en générale. Donc une bonne pompe pour les systèmes fermés, ou une pente et une alimentation d’eau dans un système linéaire, permettent d’assurer la circulation. L’oxygénation est optimisée par la mise en place d’un ruisseau, des chutes d’eau ou des fontaines, et des plantes submergées.
J’aimerais
terminer en répondant à quelques questions que l’on me pose assez souvent sur
le sujet :
Q : Quel est la meilleure période de
l’année pour effectuer les travaux ?
R : Le seul facteur déterminant pour l’emploi
du temps des travaux est la flore. Le
meilleur moment pour faire les plantations est le printemps. Sachant que les travaux vont prendre entre 2
et 3 mois, si vous voulez vous baigner cet été, il faudrait que les
terrassements et le trou soient en place au plus tard pour avril.
Q : N’y a t’il pas de danger d’attraper des
maladies dans l’eau ?
R : Je dirais que la meilleure protection
pour votre santé est la santé de la piscine.
Nous avons à faire à un écosystème, tous les habitants participent à
entretenir la vitalité du lieu et a combattre des éventuels envahisseurs
morbides. Il en va de leur survie
personnelle, donc ils prennent ce sujet très a cœur. Pour renforcer sa vitalité, le design doit surtout assurer la
diversité des occupants et faciliter la mise en place d’équipes coopératives. Ajoutons qu’un envahisseur prend plus
facilement le dessus dans un support pauvre, comme dans une monoculture plutôt
que dans une forêt naturelle, ou dans les tuyaux d’eau d’un bâtiment que dans
un ruisseau. N’oublions pas
l’importance du placebo et de l’esprit dans tout ce qui traite de santé :
pour ceux qui veulent une assurance supplémentaire, je recommande
l’installation d’un stérilisateur UV(Ultra Violet).
Q : Toute cette flore et faune n’est elle
pas gênante ?
R : Vis-à-vis des plantes, la piscine
naturelle comprend une espace sans plantes du tout : l’étang de
baignade. Pour ceux qui est de la
présence directe des animaux, celui qui est le plus en évidence c’est la
grenouille. Attendez-vous à vous faire
bercer les soirs de printemps par des concerts vocaux. Par contre, alors qu’on les voit en train de
fuir à notre arrivé, une fois dans l’eau on ne les voit plus, elles nous
évitent comme elles éviteraient une grenouille géante. L’aspect peut être le plus
« gênant » est le fait que la piscine elle-même soit vivante. Ceci implique des phases de croissance,
d’évolution. Les premiers 4 mois par
exemple, c’est la période ou la faune s’installe. Les plantes ont besoin d’au moins une saison pour s’épanouir.
L’équilibre du milieu n’est en place qu’un an après les travaux. Il ne faut surtout pas perturber ce
processus, même si certains aspects peuvent nous incommoder, comme par exemple
une période de forte poussée d’algues. (Qui s’estompera d’elle-même si le
design est bien fait)
Q : L’eau est-elle aussi claire que dans
une piscine classique ?
R : Elle peut l’être. Ma première piscine naturelle était vraiment
un modèle basique : sans effets de skimmeurs ni de système pour
enlever la vase dans le bassin de baignade.
Pourtant, j’y distingue clairement les petits graviers a 2 mètres de
fond. L’eau a une odeur agréable,
parfois un peu mentholée à cause des menthes aquatiques, et parfois je la bois
juste pour goûter. Pour une eau
toujours cristalline, la piscine peut être dotée de composants comme un système
de débordement (skimmeur), un système de nettoyage des vases (robot nettoyeur
ou tuyaux aspirants) et quelque chose pour tuer les algues (stérilisateur UV)
qui peuvent donner une teinte a l’eau.
Modèle compact avec sol aspirant
Nous savons déjà
que notre existence dépend des systèmes vivants naturels : les systèmes
solaire, lunaire, forestier, océanique, météorologique, atmosphérique,
microbien… pour l’air, la température, les saisons, l’eau, etc… La nature est un architecte avec des milliards
d’années d’expérience, pourquoi ne pas en profiter? Si nous acceptons l’existence des autres êtres vivants (qui nous
sont tous indispensables) au lieu de toujours vouloir se cantonner dans des
milieux stériles, il y a beaucoup de chances pour que la vie continue à nourrir
la vie.
Douglas MacRae
Smith, Gazéle, 47340 St. Antoine de ficalba.
Email: douglas@gazele.org Site web: www.gazele.org tel: 0553 013 297.
www.passionbassin.com, www.elodee.fr et www.sarnafil.com pour les photos.